Cinquième Semaine de Carême - Dimanche

« Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
Jean 11, 1-45

Sermons d’avril 1601 et 1612. Œuvres VII 373 / VIII 98

Marthe et Marie exposent en peu de mots leur prière. L’amour les pousse. Remarquez combien Jésus aimait Marthe, sa sœur Marie et leur frère Lazare. Aussi dit-il : “Lazare, notre ami, dort mais je vais aller le tirer de ce sommeil.”

Le premier effet fut la plus grande gloire de Dieu. Or, cette gloire de Dieu vient de la résurrection de Lazare, d’autant plus admirable, qu’elle fut faite en présence de plusieurs personnes, bien tardivement et de manière solennelle.

Le deuxième effet de cette prière est que ces femmes reçurent une plus grande faveur que celle qu’elles demandaient ; la maladie de Lazare est la raison pour laquelle ces deux sœurs envoyèrent un messager à Notre Seigneur. Elles étaient affligées, et c’est pourquoi elles ont recours au Seigneur. Elles ne demandaient que la guérison de leur frère, et Notre Seigneur le ressuscita…

Mais voyez cette admirable prière : Voilà que celui que tu aimes est malade. Nous supplions le Christ pour deux motifs : nous reconnaissons notre misère et nous nous confions à son amour et à sa miséricorde. Dieu a vraiment besoin de notre misère : Ayez pitié de moi parce que je suis infirme ; et notre misère a besoin de la miséricorde de Dieu : Bienheureux l’homme dont le secours vient de Lui…

Le Christ vint, et il pleura avec ceux qui pleuraient. Oh ! précieuses larmes !

 Les yeux sont semblables à la porte ou à la fenêtre par laquelle nous voyons à l’intérieur de la maison ; aussi les Juifs dirent-ils : “Voyez comme il l’aimait” ; ils virent l’amour de Jésus pour Lazare.

 

Ô sainte affliction qui nous fait recourir à ce céleste Consolateur ! Comme Marthe et Marie, dans les événements douloureux nous découvrons des bienfaits, et l’un des plus excellents est qu’ils nous font revenir à Notre Seigneur. Quand nous sommes en prospérité, bien souvent nous L’oublions ; mais en adversité nous recourons à Lui comme un précieux refuge.

Solennité de l'Annonciation

« L’Ange lui dit alors :
Marie, tu as trouvé grâce auprès de Dieu »
Luc 1,26

       Sermon de St François de Sales. 2 juillet 1621. Œuvres X. 61

Dieu, qui est UN, aime l’unité et l’union, et tout ce qui n’est point uni, ne lui est point agréable. Mais Il aime souverainement ce qui est uni et conjoint, il est ennemi de la désunion, car ce qui est désuni est imparfait la désunion n’étant causée que par l’ imperfection. Notre Seigneur tétant donc amateur de l’union en a fait trois admirables en la Vierge Marie Notre-Dame.

La première est celle de la nature divine avec la nature humaine dans son sein virginal, laquelle est si élevée qu’elle surpasse infiniment tout ce que les entendements humains et angéliques en peuvent concevoir et comprendre . La nature divine est la souveraine perfection et la nature humaine, la souveraine misère: ce sont donc deux grands contraires. Néanmoins Dieu a opéré dans le sein de la Vierge une si admirable conjonction de ces deux natures, qu’elles ont fait qu’une personne en sorte que l’homme est Dieu, et Dieu, sans laisser d’être Dieu, est homme.

La seconde union qu’il a fait en Notre-Dame a été celle de la maternité avec la virginité, union qui est absolument hors du cours de la nature, car c’est joindre deux choses qu’il est naturellement impossible de trouver ensemble. C’est donc une union miraculeuse et surnaturelle, faite par la main toute puissante de Dieu, qui a donné ce privilège à notre glorieuse Maîtresse.

La troisième union est celle d’une très haute charité et d’une très profonde humilité. L’union de ces deux vertus est certes admirable, d’autant qu’elles sont fort éloignées l’une de l’autre, si qu’il semble qu’ elles ne se pourraient jamais rencontrer en une même âme. La charité élève l’âme en haut. L’humilité fait tout le contraire: elle rabaisse âme au-dessous d’elle-même et de toutes les créatures . Il est vrai que nul autre que Dieu ne pouvait faire l’union de ces deux vertus; mais lui qui n’est qu’un seul Dieu, veut et aime l’unité et se plaît à montrer la grandeur de son pouvoir en faisant de si admirables

 

 Certes, notre très glorieuse Maîtresse pratiqua ces deux vertus en un souverain degré au temps de l’Incarnation lorsque l’Ange Gabriel lui ayant annoncé ce mystère ineffable, elle répondit : Voici la servante du Seigneur, me soit fait selon ta parole!

Quatrième Semaine de Carême - Vendredi

4e semaine de Carême

« Quelques habitants de Jérusalem disaient alors : N’est-ce pas lui qu’on cherche à faire mourir ? Le voilà qui parle ouvertement, et personne ne lui dit rien! Jésus qui enseignait dans le Temple, s’écria : Vous me connaissez ? et vous savez d’où je suis ? »
Jn 7, 25-28

 

Du Traité de l’Amour de Dieu. L. V ch. 7 et 8

Pour encore mieux magnifier son souverain bien-aimé; l’âme va toujours cherchant la face d’ icelui : c’est-à-dire avec une attention toujours plus soigneuse et ardente, elle va remarquant toutes les particularités de beautés perfections qui sont en lui.

Ayant pris une grande complaisance en l’infinie perfection de Dieu, elle voit qu’elle ne peut lui souhaiter aucun agrandissement de bonté, parce qu’il en a infiniment plus qu’elle ne peut désirer ni même penser, alors, elle désire au moins que son nom soit béni, exalté, loué, honoré et adoré de plus en plus; et, commençant par son propre cœur, elle ne cesse de le provoquer à ce saint exercice: et comme une avette sacrée, elle va voletant çà et là sur les fleurs des excellences divines, recueillant d’icelles une douce variété de complaisances desquelles elle fait naître et compose le miel céleste de bénédiction de louanges par lesquelles, autant qu’elle peut, elle magnifie et glorifie le nom de son bien-aimé à l’imitation du grand psalmiste, qui ayant parcouru en esprit les merveilles de la divine bonté chantait son admiration.

Ce désir de louer Dieu, Théotime, est insatiable et l’âme qui en est touchée, voudrait avoir des louanges infinies pour les donner à son bien-aimé, parce qu’elle voit que ces perfections sont plus qu’infinies.

O Dieu, que le cœur ardemment pressé de l’affection de louer son Dieu, reçoit une douleur grandement délicieuse et une douceur grandement douloureuse, quand après mille efforts de louange il se trouve si court!

 

Hélas! il voudrait, ce pauvre rossignol, toujours plus hautement lancer ses accents et perfectionner sa mélodie, pour mieux chanter les bénédictions du Bien Aimé !

Quatrième Semaine de Carême - Jeudi

« Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres et qui ne cherchez pas la gloire du Dieu unique? »
Jn 5 44

 

D’un sermon de Saint François de Sales. 6 décembre 1620. Œuvres IX 403-408-411

Les serviteurs de Dieu ne prêchent et n’enseignent ceux qu’ ils conduisent, que pour les porter à Dieu, tant par leurs paroles que par leurs œuvres.

Ce sont nos œuvres, bonnes ou mauvaises, qui nous font ce que nous sommes, et c’est par elles que devons être reconnues.

Ne vous contentez donc par, lorsqu’on vous interrogera, vous disant : Qui êtes-vous ? de répondre comme les petits enfants au catéchisme, “Je suis chrétien”, mais vivez en telle sorte que l’on puisse ajouter qu’on a vu un homme qui aime Dieu de tout son cœur, qui garde les commandements de la Loi, qui fréquente les sacrements, et telles autres choses dignes d’un vrai chrétien.

Je veux dire qu’ il ne suffit pas de se nommer chrétien, si l’on ne fait les œuvres de chrétien. Car, enfin, qui sommes-nous ? Un peu de poudre et de cendre. Disons donc librement que nous ne sommes rien, que nous ne pouvons ni ne savons rien. C’est une grande misère, qu’étant ce que nous sommes nous voulons néanmoins paraître, et marchons sur la pointe des pieds afin de nous faire voir à tout le monde. Mais hélas! que verra-t-on quand on nous verra ? Un peu de poussière et un corps qui sera bientôt réduit en corruption.

Il est vrai que notre cher Sauveur et Maître était bien venu pour enseigner aux grands et petits, doctes et ignorants, néanmoins, on l’a toujours trouvé parmi les pauvres et simples. O que l’Esprit de Dieu est différent de celui du monde, qui ne fait état que de ce qui paraît et à l’éclat !

Quatrième Semaine de Carême - Mercredi

Après avoir guéri le paralysé un jour de sabbat, Jésus déclara aux Juifs : « Moi je ne peux rien faire de moi-même; je rends mon jugement d’après ce que j ‘entends, et ce jugement est juste, parce que je ne cherche pas à faire ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé ».
Jn 5, 17-30

 

 

D’un sermon de Saint François de Sales. 6 juin 1617. Œuvres IX 86-87

Mourir à la volonté, ô que ce point est nécessaire. L’on ne saurait assez peser sa nécessité. Un jour le grand saint Basile considérant ceci, se demanda: Ne serait-il pas possible de servir Dieu parfaitement, faisant des grandes et rudes pénitences et austérités, voire de grandes œuvres pour Notre Seigneur, conservant sa propre volonté ? Et, soudain après, il s’imagina que Notre Seigneur lui répondait : Je me suis vidé de ma propre gloire, je suis descendu du Ciel, j’ai pris sur  moi toutes les misères humaines, et en fin finale, je suis mort, et de la mort de la Croix. Et pourquoi tout cela ?

C’est peut-être pour pâtir, et par ce moyen sauver les hommes, ou, par aventure, l’ai-je fait par mon choix ? Oh! non, pardonnez-moi, la seule cause pour laquelle j’ai fait tout ce que j’ai fait, ç’a été pour me soumettre à la volonté de mon Père qui était telle.

Et pour montrer que ce n’est pas mon choix, il faut que vous sachiez, que, si la volonté de mon Père eût été que je fusse mort d’une autre mort que celle de la ou bien que j ‘eusse vécu avec délices, je me serais trouvé tout aussi prompt que j ‘ai fait, parce que je n’étais. pas venu en ce monde pour faire ma volonté, mais celle de mon Père qui m’a envoyé.” O Dieu! si notre cher Sauveur, dont la volonté ne pouvait être que toujours absolument parfaite, et partant ne pouvait choisir aucune chose qui ne fût agréable à son Père, n’a point voulu vivre selon• elle, comment est-ce donc que nous autres, aurons la hardiesse de laisser vivre la nôtre ?

Quatrième Semaine de Carême - Mardi

« Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il existe une piscine qu’on appelle en hébreu Bézatha. Elle a cinq portiques, sous lesquels étaient couchés une foule de malades, il y en avait un qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton brancard, et marche ».
Jn 5, 2-3-8

Du Traité de l’amour de Dieu. Livre. 1 chap. 17.
Œuvres IV 81-82-83

O Dieu! de grands esprits qui avaient tant de connaissance de la divinité, et tant de propension à l’aimer, ont tous manqué de force et de courage à la bien aimer! …En somme, Théotime, notre chétive nature, navrée par le péché, fait comme les palmiers que nous avons de deçà, qui font voirement certaines productions imparfaites, et comme des essais de leurs fruits, mais de porter des dattes entières, mûres et assaisonnées, cela est réservé pour des contrées plus chaudes.

Car, ainsi notre cœur humain produit bien naturellement certains commencements d’amour envers Dieu, mais d’en venir à l’aimer sur toutes choses, qui est la vraie maturité de l’amour dû à cette suprême Bonté, cela n’appartient qu’aux cœurs animés et assistés de la grâce céleste, et qui sont en l’état de la sainte charité; et ce petit amour imparfait, duquel la nature en elle-même sent les élans, ce n’est qu’un certain vouloir sans vouloir, un vouloir qui voudrait, mais qui ne veut pas, un vouloir stérile qui ne produit point de vrais effets, un vouloir “paralytique” qui voit la piscine salutaire du saint amour, mais qui n’a pas la force de s’y jeter ; et enfin, ce vouloir est un avorton de la bonne volonté, il n’a pas la vie de la généreuse vigueur requise pour, en effet, préférer Dieu à toutes choses, dont l’apôtre, parlant en la personne du pécheur, s’écrie : Le vouloir est bien en moi, mais je ne trouve pas le moyen de l’accomplir.

Solennité de St Joseph

« Et ils s’étonnaient et disaient: n’est-il pas le fils du charpentier ? »
Mt 13,54

 

Du Traité de l’ Amour de Dieu, livre VII, chap.13.
Œuvres
V, 49

On ne peut quasi pas bonnement douter grand saint Joseph ne fut trépassé avant la Passion et mort du Sauveur, qui, sans cela, n’eut pas recommandé sa Mère à saint Jean. Et comme pourrait-on donc imaginer que le cher enfant de son cœur, son nourrisson bien-aimé, ne l’assistât à l’heure de son passage ? Bienheureux sont les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Hélas ! combien de douceur, de charité et de miséricorde furent exercées par ce bon Père nourricier envers le Sauveur lors qu’il naquit petit enfant au monde ! et qui pourrait croire, que celui-ci sortant du monde, ce divin Fils ne lui rendit la pareille au centuple ?

Les cigognes sont un vrai portrait de la mutuelle piété des enfants envers les pères et des pères envers les enfants; car, comme ce sont des oiseaux passagers, elles portent leurs pères et mères vieux, en leurs passages, ainsi qu’ étant encore petits leurs pères et mères les avaient portés.

Quand le Sauveur était encore petit enfant, le grand saint Joseph et la très glorieuse Vierge Marie l’avaient maintes fois porté. Qui doutera donc que Joseph, parvenu à la fin de ses jours, n’ait été, réciproquement porté par son divin nourrisson au passage de ce monde à l’autre ?

 

Un saint qui avait tant aimé dans sa vie ne pouvait mourir que d’amour; car son âme ne pouvant à souhait aimer son cher Jésus entre les distractions de cette vie, et ayant achevé le service qui était requis au bas âge d’icelui, que restait-il sinon qu’il dit au Père éternel Père, j’ai accompli l’œuvre que vous m’aviez donnée en charge ; et puis au Fils : Mon enfant, comme votre Père céleste remit votre corps entre mes mains au jour de votre venue au monde, ainsi en ce jour de mon départ de ce monde, je remets mon esprit entre les vôtres »

Quatrième Semaine de Carême - Dimanche "Laetare"

« … il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue. « 
Jean 9, 1-41

 

Sermon du 8 mars 1617. Œuvres VIII 336

Cette personne aveugle employa tous les moyens pour recouvrer la vue ; aveugle, il agit en aveugle. Bien plus, s’il n’avait pas été aveugle, le Christ, par ses remèdes, l’aurait rendu aveugle ! car la salive est agressive et la boue aussi, et mettre de la boue dans un œil sain, c’est inacceptable ! Le Christ couvrit ses yeux de boue.

Regardons cette personne aveugle circu­lant sur les chemins publics, les yeux souillés de boue ; ne lui dirait-on pas : « Où vas-tu, malheureux ? Ne vois-tu pas que ce médecin veut se jouer de toi ? » Il poursuivit quand même sa route, il alla, il se lava, et il vit.

Nous devons obéir simplement au Christ lorsqu’il nous dit : “Reconnais tes fautes.”

Notez en passant, que pour le paralytique guéri à la piscine de Bethesda, le Christ le guérit en lui demandant son consentement : Veux-tu être guéri ?  Mais il ne parle pas de la même manière à celui-ci, parce qu’il était aveugle de naissance.

Notez aussi la progression suivie par le Christ : il voit d’abord la personne aveugle, comme le soleil voit la terre, en agissant sur elle ; il lui couvre les yeux de boue, c’est-à-dire, lui fait connaître sa misère ; puis il lui adresse ces paroles : Va à la piscine de Siloé, nom qui signifie l’envoyé. Or, que représente la piscine où Il l’envoie sinon le sacrement du pardon ? En l’instituant, le Christ ne dit-il pas : Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis.

Ce mendiant est guéri par ce médecin, parce que ce médecin aime les mendiants ; pour nous, bien que nous soyons aveugles, comme nous ne mendions pas, nous ne sommes pas guéris par le médecin céleste qui comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides.

Troisième Semaine de Carême - Samedi

« Deux hommes montèrent au Temple pour prier… Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes, voleurs, injustes, adultères ou encore comme ce publicain… Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ».
Lc 18,10-13

 

De l’Introduction à la Vie dévote. 3e partie ch. 4-5-29
Œuvres III, 139,146,241

Pour recevoir la grâce de Dieu en nos cœurs, il les faut avoir vides de notre propre gloire… Certes, rien ne nous peut tant humilier devant la miséricorde de Dieu que la multitude de ses bienfaits, ni tant humilier devant sa justice, que la multitude de nos méfaits…

Il ne faut pas craindre que la connaissance de ce qu’il a mis en nous, nous enfle, pourvu que nous soyons attentifs à cette vérité, que ce qui est bon en nous, n’est pas de nous. Hélas! les mulets, laissent-ils d’ être lourdes et puantes bêtes, pour être chargés des meubles précieux et parfumés du prince ? Qu’ avons-nous de bon que nous n’ayons reçu ? et si nous l’avons reçu, pourquoi nous en vouloir enorgueillir ?…

Mais, si voyant les grâces que Dieu nous a faites, quelque sorte de vanité venait nous chatouiller, le remède infaillible sera de recourir à la considération de nos ingratitudes, de nos imperfections, de nos misères. Si nous considérons ce que nous avons fait quand Dieu n’a pas été avec nous, nous connaîtrons bien, que ce que nous faisons quand il est avec nous n’est pas de notre façon ni de notre cru ; nous en jouirons mais nous en glorifierons Dieu seul, parce qu’il en est l’auteur…

 

Ce fou de pharisien tenait le publicain pour un grand pécheur, mais il se trompait grandement. Hélas ! puisque la bonté de Dieu est si grande qu’un seul moment suffit pour recevoir sa grâce, quelle assurance pouvons-nous avoir qu’un homme qui était hier pécheur le soit aujourd’hui ? Le jour précédent ne doit pas juger le jour présent. Il n’y a que le dernier qui les juge tous.

Troisième Semaine de Carême - Vendredi

« Un scribe s’avança et lui dit: Quel est le premier de tous les commandements ? Jésus répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force, et voici le second : tu aimeras ton prochain comme toi-même »
Mc 12,28-31

 

Traité de l’Amour de Dieu. Œuvres V, 204

Comme Dieu créa l’homme à son image et semblance, aussi a-t-il ordonné un amour pour l’homme à l’image et semblance de l’amour qui est dû à sa divinité.

Théotime, aimer le prochain par charité c’est aimer Dieu en l’homme ou l’homme en Dieu: c’est aimer la créature pour l’amour de Dieu.

Le jeune Tobie, accompagné de l’ange Raphaël ayant abordé Raguel son parent, auquel néanmoins il était inconnu, Raguel ne l’eut pas plus tôt regardé que, se retournant vers sa femme Anne, il dit : Voyez combien ce jeune homme est semblable à mon cousin          … Lors, Raguel s’avança et le baisant avec beaucoup de larmes : Bénédiction sur toi, mon enfant, dit-il, car tu es le fils d’un très bon personnage…

Ne remarquez-vous pas que Raguel, sans connaître le petit Tobie, l’embrasse et caresse ? D’où provient cet amour sinon de celui qu’il portait au vieux Tobie à qui cet enfant ressemblait si fort ? béni sois-tu, dit-il, mais pourquoi ? non point certes, parce que tu es un bon jeune homme, car cela je ne le sais pas encore, mais parce que tu es fils et ressembles à ton père qui est un homme de bien.

 

Vrai Dieu, Théotime, quand nous voyons un prochain créé à l’image et semblance de Dieu, ne devrions-nous pas dire les uns aux autres : Tenez, voyez cette créature, comme elle ressemble au Créateur ? ne devrions-nous pas lui donner mille et mille bénédictions ? Et quoi donc ? pour l’amour d’elle ? Non certes, pour l’amour de Dieu qui l’a formée à son image et semblance, pour l’amour de Dieu de qui elle est, à qui elle est, par qui elle est, en qui elle est, pour qui elle est. Et c’est pourquoi non seulement le divin amour commande l’amour du prochain, mais il le produit et le répand lui-même dans le cœur humain.

Troisième Semaine de Carême - Jeudi

« Jésus expulsa un démon qui rendait un homme muet »
Lc. 11,14

 

Des Entretiens et réponses à diverses questions.
Œuvres VI 209,414, 418

La vertu de la bonne conversation requiert que l’on contribue à la joie sainte et modérée, et aux entretiens gracieux qui peuvent servir de consolation ou de récréation au prochain, en sorte que nous ne lui causions point d’ennui par nos contenances renfrognées et mélancoliques, ou bien refusant de nous récréer au temps qui est destiné pour ce faire…

Comment il faut observer la simplicité dans les conversations et récréations ?

Je vous réponds : comme en toute autre action, bien qu’en celle-ci il y faut avoir une sainte liberté et franchise pour s’entretenir des sujets qui servent à l’esprit de joie et de récréation. Il faut être fort naïf en la conversation; il ne faut pourtant pas être inconsidéré, d’autant que la simplicité suit toujours la règle de l’amour de Dieu. Mais bien qu’ il vous arrivât de dire quelque petite chose qui semblât n’être pas si bien reçue de toutes comme vous voudriez, il ne faudrait pas pour cela s’amuser à faire des réflexions et examens sur toutes vos paroles ; ô non, car c’est l’amour-propre sans doute qui nous fait faire ces enquêtes, si ce que nous avons dit et fait est bien reçu.

La sainte simplicité ne se détourne ni à droite ni à gauche, mais elle suit simplement son chemin. Que si elle y rencontre quelque occasion de pratiquer quelque vertu, elle s’en sert soigneusement comme d’un moyen propre pour parvenir à sa perfection qui est l’amour de Dieu, mais elle ne s’ empresse point pour les rechercher; elle ne les méprise point aussi. Elle ne se trouble de rien; elle se tient tranquille en la confiance qu’elle a que Dieu sait son désir, qui est de lui plaire, et cela lui suffit.

Pour les paroles inutiles, il ne s’en dit pas: tout ce qui se dit par récréation n’est pas inutile. Il se faut bien récréer et ne pas tenir toujours l’esprit bandé, car il serait dangereux de devenir triste et mélancolique.

 

Quand nous tendons à la perfection, il faut tendre au blanc, et ne pas se mettre en peine quand nous ne le rencontrons pas. Il faut aller fort simplement, à la franche marguerite, et bien faire la récréation.

Troisième Semaine de Carême - Mercredi

« Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait: Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas seul point, pas une lettre ne disparaîtra de la loi jusqu’à ce que tout se réalise. »
Mt 5-17

 

 

Du Traité de l’Amour de Dieu L.8 ch. 5 v 71-72-73.
Œuvres X, 322

Le désir que Dieu a de nous faire observer ses commandements est extrême.

Les plus doux commandements deviennent âpres si un cœur tyran et cruel les impose, ils deviennent très aimables quand l’amour les ordonne.

Plusieurs observent les commandements, comme on avale les médecines, plus par crainte de mourir damné, que pour le plaisir de vivre au gré du Sauveur. Mais, comme il y a des personnes qui, pour agréable que soit un médicament, ont du contrecœur à le prendre, seulement parce qu’il porte le nom de médicament, aussi, y a-t-il des âmes qui ont en horreur les actions commandées, seulement parce qu’elles sont commandées.

Au contraire, le cœur qui aime, aime les commandements, et plus ils sont de choses difficiles, plus il les trouve doux et agréables, parce qu’il complait plus parfaitement au Bien-Aimé et lui rend plus d’honneur. Aussi l’amant sacré, trouve tant de suavité aux commandements, que rien ne lui donne tant d’haleine. Aussi la croix, la mortification, la loi du Sauveur est une charge mais pour le cœur qui aime, cette charge soulage le cœur et lui redonne vigueur.

Le travail mêlé du saint amour est plus agréable au goût qu’une pure douceur. Le divin amour nous rend donc ainsi conforme à la volonté de Dieu, et nous fait soigneusement observer ses commandements, en qualité de désir absolu; la complaisance que nous trouvons a` les observer est plus forte que la nécessité d’obéir qui nous serait imposée par la loi. Cette complaisance convertit la nécessité en une douce violence d’amour, et même la difficulté devient agréable.

Troisième Semaine de Carême - Mardi

« Je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi? »
Mt 18, 32-32

Extraits des points à méditer sur l’oraison dominicale d’après St François de Sales.
(Opuscules). Œuvres XXVI, 412-414-415

Père, nous sommes pauvres et plein de dettes… Et qui donc, Père saint,  est un fils plus pauvre et plus chargé de dettes que moi ?

Voici que, comme un autre publicain, je vous prie, remettez-moi tant de dettes de péchés par lesquels je vous ai offensé. O Père, parce que j’ai péché contre toute votre loi, mais les richesses de votre miséricorde les surpassent infiniment.

Souvenez-vous ô Père, de vos miséricordes qui sont éternelles. Et de même que vous avez usé de miséricorde à l’égard de tant de vos serviteurs, daignez me remettre tous mes péchés…

Vous avez mis, Seigneur, des bornes à la mer, mais vous avez laissé sans bornes votre miséricorde, afin que toujours, elle aille chercher les pécheurs chargés de dettes, pour leur pardonner…

Enfin, je vous prie, Père saint, par votre miséricorde infinie, par la vertu de cette passion que votre Fils endura sur le bois de la croix, et par les mérites et l’intercession de la bienheureuse Vierge, et de tous les élus qui existent depuis le commencement du monde, de daigner nous remettre de nos dettes.

 

Je vous prie aussi, ô Père, de me donner assez de vertu et votre grâce pour que je puisse parfaitement pardonner à ceux qui m’ont offensé; et si vous trouvez dans mon cœur quelque reste d’imperfection contre ceux qui m’ont offensé, vous, Père, par le feu de votre charité, faites-le disparaître, faites que nulle trace, ni ombre de rancune demeure en mon cœur.

Troisième Semaine de Carême - Lundi

« Dans la Synagogue, Jésus déclara :
 Amen, je vous le dis, aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays ».
Luc 4,24-30

 

 

Plan d’un sermon de Saint François de Sales prononcé le 27 février 1617.
Œuvres VIII, 311

Un jour que le Christ était à Nazareth, il entra dans la synagogue et, après la lecture du Livre d’Isaïe, il instruisit le peuple, de sorte que tous étaient dans l’admiration et lui rendaient témoignage ; inutilement toutefois, car ils disaient : N’est-ce pas là le fils du charpentier ? n’est-ce pas là le charpentier ? D’où lui vient cette sagesse ? Lui, qui les voyait s’entretenir ensemble, savait ce qu’ils disaient et leur répondit :

  Vous m’appliquerez dans doute le proverbe :  Médecin guéris-toi toi-même. Faites ici d’aussi grandes choses que nous avons entendu dire. Et saint Marc conclut :  Il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce nt est qu’il guérit quelques malades en leur imposant les mains ; et il s’étonnait de leur incrédulité. Et Saint Matthieu : Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité.

Il est dans l’Ecriture deux vérités que Dieu veut surtout nous inculquer et qu’il nous enseigna toujours dans l’Eglise : la première est que si nous nous perdons, c’est par notre faute : la seconde, que nous ne devons notre salut qu’à Dieu. Ces deux dogmes sont opposés à deux hérésies très pernicieuses celle des pélagiens et celle des luthériens. Osée expose cette double vérité en ces termes mêmes : Ta perte vient de toi, Israël, tu es cause de ta perte parce que tu négliges le secours que je te présente, nt y a-t-il point de baume en Galaad, ou nt y a-t-il pas là de médecins ? Pourquoi donc la blessure de mon peuple nt at-elle pas été fermée ? Je me tiens à la porte, venez à moi.

Dieu donc ne repousse personne s’il n’en est repoussé, il n’abandonne personne s’il nt en est abandonné, il ne rejette personne s’il n’en est rejeté. Le Seigneur s’étonnait ou plutôt, il nous montrait une chose étonnante, à savoir, qu’à la vue de tant de prodiges, les hommes qui lui devaient la plus grande reconnaissance, auxquels il avait porté le plus grand secours, ne se convertissaient pas. Oh ! quelle chose étonnante, puisqu’elle étonne le Seigneur même !

Saint Marc dit cependant : Il ne pouvait faire aucun miracle à cause de leur incrédulité, c’est-à-dire qu’il ne le pouvait pas parce que leur incrédulité y mettait obstacle ; ce n’eût été ni équitable, ni juste, dans des conditions ordinaires. Dieu laisse, en effet, à l’homme sa liberté : celui qui vous a créé sans vous, ne vous sauvera pas sans vous ; il vous a fait sans que vous le sachiez, il ne vous sauvera pas sans que vous le vouliez.

Troisième Semaine de Carême - Dimanche

“… Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui
te dit : “Donne-moi à boire.”
Jean 4, 5-42

 

Sermon du 3ème vendredi de Carême, 18 mars 1594.
Oeuvres VII 148

Jacob fit faire une fontaine, et Joseph y était enseveli, c’est là que Notre Seigneur était arrivé, las et fatigué du chemin qu’il avait fait ; il s’assit sur la fontaine, comme n’importe qui. Or, Notre Seigneur n’était pas fatigué sans raison, car il avait cheminé longtemps, à pied sans doute, et il était déjà midi ;

… Voici venir la pauvre Samaritaine, mais bientôt heureuse et trois fois heureuse, qui venait chercher de l’eau : Ô bienheureuse Samaritaine, tu viens puiser l’eau du quotidien, et tu as trouvé l’eau immortelle de la grâce du Sauveur.

 Heureuse Rebecca, qui, venant à la fontaine, y trouva le serviteur d’Abraham qui lui permit de rencontrer Isaac et de devenir son épouse. Mais plus heureuse es-tu, Samaritaine, tu viens chercher de l’eau mainte­nant, et tu trouves Notre Seigneur qui, de pécheresse que tu étais, te transforme en sa fille et son épouse.

Jésus ne lui demande pas à boire seulement pour boire, mais pour lui faire boire l’eau de la grâce. La femme lui dit : “Et comment donc me demandez-vous à boire ?” car les juifs n’ont pas de relation avec les Samaritains. Elle sait bien que ce n’est pas une affaire que de demander un peu d’eau, mais elle lui dit cela comme un reproche.

Jésus répond :Si tu savais qui est Celui qui te demande à boire…” car c’est Celui qui est venu abreuver toutes les âmes, c’est Celui qui est venu répandre son sang pour arroser l’Eglise, c’est Celui qui est venu non appeler les justes, mais les pécheurs, à la pénitence.

Voyez comment elle va dévier les propos de Notre Seigneur : Lui parle d’un don de Dieu, elle va parler des choses de la terre. Notre Seigneur parle de l’eau vive et elle, de l’eau morte.

 

Considérez un peu la différence qu’il y a entre les deux eaux :  l’une apaise la soif, mais ce n’est pas pour longtemps ; l’autre l’apaise éternellement. Il s’agit de deux soifs, l’une du corps, l’autre de l’âme ; car les désirs sont une soif de l’âme, comme nous dit le psaume : “Mon âme a soif de Dieu, fontaine d’eau vive.”

Deuxième Semaine de Carême - Samedi

« Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils »
Lc 15,
21

 

Du Traité de 1 t Amour de Dieu L. 3 ch. 3

L’âme est épouse de Notre Seigneur quand elle est juste; et parce qu’elle n’est point juste qu’elle ne soit en charité, elle n’est point aussi épouse qu’elle ne soit menée ‘dedans le cabinet’ de ces délicieux parfums desquels il est parlé dans le Cantique.

Or, quand l‘âme qui a cet honneur commet le péché, elle tombe pâmée d’une défaillance spirituelle; et cet accident est, à la vérité, bien inopiné, car, qui pourrait jamais penser qu’une créature voulut quitter son créateur et souverain bien, pour des choses si légères comme sont les amorces du péché ?

Certes, le ciel s’en étonne, et si Dieu était sujet aux passions, il tomberait à cœur failli pour ce malheur, comme, lorsqu’il fut mortel, il expira sur la croix pour nous en racheter… mais, puisqu’il n’est plus requis qu’il emploie son amour à mourir pour nous, quand il voit l’âme ainsi précipitée en l’iniquité, il accourt pour l’ordinaire à son aide, et d’une miséricorde non pareille entrouvre la porte du cœur, par des élans et remords de conscience, qui précèdent de plusieurs clartés et appréhensions qu’ il a jetées dedans nos esprits, par le moyen desquels il fait revenir l’âme à soi et la remet en de bons sentiments.

Et tout cela, mon Théotime, Dieu l’a fait en nous et sans nous, par sa bonté toute aimable qui nous prévient de sa douceur. Car, comme notre épouse pâmée fut demeurée morte en sa pamoison, sans le secours du roi, ainsi l’âme demeurerait perdue dans son péché si Dieu ne la prévenait.

 

 Que si l’âme, étant ainsi excitée, ajoute son consentement au sentiment de la grâce, secondant l’inspiration qui l’a prévenue, et recevant les secours et remèdes requis que Dieu lui a préparés, Il la revigorera, et la conduira par divers mouvements de foi, d’espérance et de pénitence, jusqu’à ce elle soit tout à fait remise en la vraie santé spirituelle, qui n’est autre chose que la charité.

Deuxième Semaine de Carême - Vendredi

« Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens: Ecoutez cette parabole: Un homme était propriétaire d’un domaine, il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, creusa un pressoir et bâtit une tour, puis il la loua à des vignerons… »
Mt 21, 33

 

 

D’une lettre de Saint François de Sales à la baronne de Chantal. 24 février 1606. Œuvres XIII, 145

Je m’en vais dire à mes auditeurs, que leurs âmes sont la vigne de Dieu: la citerne est la foi, la tour est l’espérance et le pressoir, la sainte charité; la haie, c’est la loi de Dieu qui les sépare des autres peuples infidèles.

A vous, ma chère fille, je dis que votre bonne volonté c’est votre vigne ; la citerne sont les saintes inspirations de la perfection que Dieu y fait pleuvoir du ciel, la tour c’est la chasteté, par laquelle, comme il est dit de celle de David qu’elle doit être d’ivoire; le pressoir, c’est l’obéissance, laquelle rend un grand mérite pour les actions qu’elle exprime; la haie ce sont nos vœux.

 Oh! que Dieu conserve cette vigne qu’il a plantée de sa main et qu’il fasse abonder de plus en plus les eaux salutaires de ses grâces en sa citerne.

Que Dieu soit à jamais le protecteur de sa tour ; que Dieu soit celui qui veuille toujours donner tous les tours au pressoir, qui sont nécessaires pour l’expression du bon vin, et tenir toujours close et fermée cette belle haie dont il a environné cette vigne, et fasse que les anges en soient les vignerons immortels.

 

A Dieu, ma chère fille… Je m’en vais au pressoir de l’Eglise, au saint autel, où se distille perpétuellement le vin sacré du sang de ce raisin délicieux et unique que votre sainte abbesse [la Vierge Marie], comme vigne céleste, nous a heureusement produit.

Deuxième Semaine de Carême - Jeudi

« Jésus disait cette parabole : Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe… Un pauvre nommé Lazare… était couché devant le portail… Or, le pauvre mourut… le riche mourut aussi… Au séjour des morts il était en proie à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare… »

Lc 16, 19-23

 

 

D’un sermon de Saint François de Sales. 24 février 1622.
Œuvres X 249-252

C’ est toujours l’homme qui manque à la grâce, et jamais la grâce ne nous manque. Qui s’assurera et vivra sans appréhension de perdre cette grâce, ou de lui refuser son consentement ? Qui ne craindra de déchoir en ne rendant pas à Dieu le service qui lui est dû, chacun selon son devoir et obligation ?

Le mauvais riche n’était-il pas appelé à une même vocation que Lazare ?… Oui, sans doute, ceci est tout clair en l’Evangile; car le mauvais riche était juif puisqu’il appelle Abraham Père! Père Abraham, lui dit-il, le priant de lui envoyer Lazare; et Dieu lui avait témoigné qu’il l’aimait en lui donnant la jouissance de beaucoup de biens.

Hé, néanmoins, nous voyons en l’Evangile   ces deux hommes, également appelés de Dieu, celui qui a le plus reçu et qui est le plus obligé de le servir, ne le sert point, mais vit et meurt misérablement, tandis que le pauvre Lazare le sert avec fidélité et meurt heureusement !

 Quand Dieu créa les anges dans le ciel, il les établit en sa grâce, de laquelle il semblait qu’ ils ne devaient jamais déchoir, néanmoins Lucifer vint à se révolter … Qui donc ne tremblera ? Et quelle compagnie assemblée, ou vocation trouvera-t-on qui soit exempte de péril ? O Dieu nulle que ce soit. Il y a partout à craindre et sujet de se conserver en grande humilité.

Tenez-vous bien à l’arbre de votre profession, chacun selon votre vocation, mais ne laissez pas de cheminer dans la sainte crainte, tout le temps de votre vie, de peur que, voulant marcher avec trop d’assurance et de hardiesse, vous ne tombiez dans les filets du péché.

Deuxième Semaine de Carême - Mercredi

« La mère de Jacques et Jean s’approcha de Jésus avec ses deux fils et se prosterna pour lui faire une demande. Jésus lui dit :
Vous ne savez pas ce que vous demandez, pouvez-vous boire la coupe que je vais boire? Et ils dirent : Nous le pouvons ».
Mt 20, 20-22

 

 

D’un sermon de Saint François de Sales, 6 mai 1616 ou 1617. Œuvres IX 76-79

Voyez-vous combien notre misère est grande ! Nous voulons que Dieu fasse notre volonté et nous ne voulons pas faire la sienne, sinon lorsqu’elle se trouve conforme à la nôtre. La plupart de nous, si nous nous examinons bien, nous trouverons que nos demandes sont grandement impures et imparfaites ; si nous sommes à l’oraison, nous voulons que Dieu nous parle, qu’il nous vienne visiter, consoler et récréer; nous lui disons qu’Il fasse ceci, qu’Il nous donne cela. Et s’il ne le fait pas, quoique pour notre plus grand bien, nous nous inquiétons, troublons et affligeons.

Notre divin Maître dit donc : Pouvez-vous boire avec moi le calice qui m’est préparé? Ils répondirent : ‘Nous le pouvons’ et Il ajouta: ‘ Savez-vous que c’est que boire mon calice ? Ne pensez pas que ce soit avoir des dignités, des faveurs et consolations, ô non certes! mais, boire mon calice, c’est participer à ma Passion, endurer des peines et souffrances, des clous, des épines, boire le fiel et le vinaigre.’

Les martyrs buvaient tout d’un coup ce calice… N’est-ce pas un grand martyre de ne faire jamais sa propre volonté, soumettre son jugement, écorcher son cœur, le vider de toutes ses affections impures et de tout ce qui n’est point Dieu; ne point vivre selon ses inclinations et humeurs, mais selon la volonté divine et la raison ?

 

 

C’est un martyre qui est fort long et ennuyeux et qui doit durer toute notre vie, mais nous obtiendra à la fin une grande couronne pour notre récompense, si nous sommes fidèles à cela.

Deuxième Semaine de Carême - Mardi

« Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ».
Mt 23,9

 

 

Le Notre Père paraphrasé par Saint François de Sales.
Œuvres XXVI, 386, 388, 393

O Père éternel, Père de notre Seigneur-Jésus Christ, Père des lumières, Père saint, Père très doux et aimant, Père créateur de l’univers, quand mériterai-je de vous appeler Père, moi, terre, poussière et cendre, le dernier de tous vos serviteurs ?

Et quel bien avez-vous découvert en moi ou en quelque autre enfant d’Adam, pour que vous ayez voulu être notre Père ?

Ce mot m’atteste amour immense que vous me portez Seigneur, c’est pourquoi votre Evangéliste, émerveillé, dit : ‘Voyez quel amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet ?’

Il m’apprend aussi et m’avertit également que je dois vous aimer de tout mon cœur…Do nc Père, que de mon cœur soit chassé tout autre amour, qu’ il soit enflammé, afin qu’entre vous, mon Père, et moi, votre enfant, il y ait un continuel amour réciproque.

Ce mot « Père » m’excite à vous demander les choses qui me sont nécessaires, car le père ne refuse jamais à son enfant ce qu’il voit lui être nécessaire, pourvu qu’il puisse le lui donner. Je sais, mon Père, que vous pouvez et que vous voulez : vous pouvez parce que vous êtes tout-puissant, vous voulez, parce que vous êtes tout bon. Les besoins ne me manquent pas : je suis blessé par beaucoup de péchés, il me faut des remèdes ; vous, Père, vous êtes le médecin qui guérit toute langueur et soigne toute infirmité…

Vous êtes, Seigneur, notre Père ! qu’elle est grande votre bonté ! Vous ne vous contentez pas de communiquer ce nom de Père à vos anges et à vos saints qui sont dans votre maison, mais vous voulez aussi le communiquer à ceux qui sont dans ce monde, et non seulement aux riches et aux puissants, mais aux plus pauvres bergers qui, sur les ponts et dans les forêts dorment sur la terre nue.

 

Il me semble, Seigneur, que vous êtes comme le soleil qui communique sa lumière et envoie ses rayons à la plus petite fleur de la montagne… ainsi, vous, mon Seigneur, communiquez également votre nom si doux de Père aux grands et aux petits et vous voulez que nous vous appelions « Père ! »

Deuxième Semaine de Carême - Lundi

« Jésus disait à la foule : « Donnez et vous recevrez; une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier; car la mesure dont vous vous serez servie servira aussi pour vous ».

Lc 6, 36-38

Du Traité de l’amour de Dieu Livre 3 ch. 7

Quand, après les travaux et hasards de cette vie mortelle, les bonnes âmes arrivent au port de l’éternelle, elles montent au plus haut et dernier degré d’ amour auquel elles puissent parvenir ; et cet accroissement final leur étant conféré pour récompense de leurs mérites, il leur est départi, non seulement, à la ‘bonne mesure’ mais encore à mesure pressée, entassée et qui se répand de toutes parts, comme dit Notre Seigneur. De sorte que l’amour qui est donné pour salaire est toujours plus grand en un chacun que celui lequel lui avait été donné pour mériter.

Or, non seulement chacun en particulier aura plus d’amour au Ciel qu’il n’en eut jamais en terre, mais l’exercice de la moindre charité qui soit en la vie céleste sera de beaucoup plus heureux et excellent que celui de la plus grande charité qui soit en cette vie caduque. Car là-haut tous les saints pratiquent leur amour incessamment, sans remise quelconque, tandis qu’ici-bas, les plus grands serviteurs de Dieu, tirés et tyrannisés des nécessités de cette vie mourante, sont contraints de souffrir mille et mille distractions qui les ôtent souvent de l’exercice du saint amour.

 

Au ciel, Théotime, l’attention amoureuse des bienheureux est ferme, constante, inviolable, et ne peut périr ni diminuer: leur intention est toujours pure, exempte du mélange de toute autre intention inférieure; en somme, ce bonheur de voir Dieu clairement et de l’aimer invariablement est incomparable. Il y a donc plus de contentement, de suavité et de perfection en l’exercice de l’amour parmi les habitants du ciel qu’en celui des pèlerins de notre terre.

Deuxième dimanche de Carême

« Seigneur, il est bon que nous soyons ici … »
Mt 17, 1-9

Sermon pour le 2ème dim. de Carême. 23 février 1614 (Œuvres IX 27)

… Il ne faut pas dire comme saint Pierre : “Il est bon que nous soyons ici” mais : “Il est bon que nous passions par ici pour aller à la montagne du Calvaire”.

Il faut monter sur la montagne du Thabor pour y être consolé, direz-vous, car cela aide et fait avancer les âmes faibles qui n’ont pas le courage de faire le bien, s’ils ne ressentent pas de satisfaction. Certes, pardonnez-moi, la vraie perfection ne s’acquiert pas par la consolation.

Ne le voyez-vous pas en notre mystère d’aujourd’hui ? Ces trois Apôtres ayant vu la gloire de Notre Seigneur l’abandonnèrent ensuite lors de sa Passion, et saint Pierre, qui avait parlé toujours plus hardiment, commit néanmoins un très grand péché en reniant son Maître.

On descend de la montagne du Thabor pécheur, mais au contraire on descend de celle du Calvaire pardonné, à condition de se tenir ferme au pied de la Croix comme Notre Dame, qui est le modèle de tout ce qu’il y a de beau au ciel et sur la terre.

Et l’on entend la voix du Père éternel qui dit : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le”. Il faut donc obéir au Père éternel en suivant Notre Seigneur pour écouter sa Parole. Et ainsi il nous enseigne que tous, quelque soit notre condition, nous devons prier et faire oraison, car c’est là où Notre Seigneur nous parle. Je ne dis pas que nous devons faire autant d’oraison les uns que les autres, car il ne serait pas judicieux que ceux qui ont beaucoup d’affaires demeurent aussi longtemps en oraison que les Religieux.

Mais il ne servirait à rien de l’écouter si nous ne faisions pas ce qu’il nous dit, observant fidèlement ses commandements et ses volontés.

Or, pour l’écouter, il y aurait beaucoup de gens ; de même pour le suivre sur la montagne du Thabor, mais fort peu sur celle du Calvaire. Celle-ci est néanmoins plus profitable que l’autre ; de même il est plus profitable d’accomplir la volonté de Dieu, ou bien de l’aimer, malgré un évènement qui nous contrarie, que d’écouter parler Notre Seigneur dans la consolation que l’on reçoit parfois en l’oraison.

 

Première Semaine de Carême - Samedi

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et haïras ton ennemi, eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux »
Mt 5 43-45

Du Traité de l’Amour de Dieu Livre X ch. 11. Œuvres V, 204

Comme Dieu créa l’homme à son image et semblance, aussi a-t-il ordonné un amour pour l’homme à l’image et semblance de l’amour qui est dû à sa divinité.

Pourquoi aimons-nous Dieu, Théotime ? La cause pour laquelle on aime Dieu, dit St Bernard, c’est Dieu même; comme s’il disait que nous aimons Dieu parce qu’il est la très souveraine et très infinie bonté .Pourquoi nous aimons-nous nous-mêmes en charité ? Certes, c’est parce que nous sommes l’image et semblance de Dieu. Et puisque tous les hommes ont cette dignité nous les aimons aussi comme nous-mêmes, c’est-à-dire en qualité de très saintes et vivantes images de la divinité. Car c’est de cette qualité-là que nous appartenons à Dieu, d’une si étroite alliance et d’une si aimable dépendance, qu’il ne fait nulle difficulté de se dire notre Père, et nous nommer ses enfants. C’est en cette qualité que nous recevons sa grâce et que nos esprits sont associés au sien très saint, rendu par manière de dire participants de sa divine nature’ comme dit St Pierre.

Et c’est donc ainsi, que la même charité qui produit les actes de l’amour de Dieu, produit quant et quant ceux de l’amour du prochain, et tout ainsi que Jacob vit qu’une même échelle touchait le ciel et la terre, servant également aux anges pour descendre comme pour monter, nous savons aussi qu’une même dilection s’étend à chérir Dieu et le prochain, nous relevant à l’union de notre esprit avec Dieu, et nous ramenant à l’amoureuse société des prochains, en sorte toutefois, que nous aimons le prochain en tant qui il est à l’image et semblance de Dieu.

Première Semaine de Carême - Vendredi

« Come les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : …Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, et va d’abord te réconcilier… »
Mt 5, 20-24

     Du Traité de l’Amour de Dieu, Livre VIII, chap. 8 et 9. Œuvres V, 84-85)

 

Les paroles par lesquelles notre Seigneur nous exhorte de tendre et prétendre à la perfection, sont si fortes et pressantes, que nous ne saurions dissimuler l’obligation que nous avons de nous engager à ce dessein

C’ est la propre différence du commandement au conseil, que le commandement nous oblige sous peine de péché, et le conseil nous invite sans peine de péché. Néanmoins, je dis bien que c’est un grand péché de mépriser la prétention à la perfection chrétienne, et encore plus de mépriser la semonce par laquelle Notre-Seigneur nous appelle C’ est une irrévérence contre Celui qui, avec tant d’ amour et de suavité, nous invite à la perfection, de dire je ne veux pas être saint, ni parfait, ni avoir plus de part en votre bienveillance, ni suivre les conseils que vous me donnez pour faire progrès’…Faire profession de ne vouloir point suivre les conseils, cela ne peut se faire sans mépris de celui qui les donne…

Encore que tous les conseils ne puissent, ni doivent être pratiqués par chaque chrétien en particulier, si est-ce qu’un chacun est obligé de les aimer tous, parce qu’ils sont tous bons.

Nous témoignerons assez d’aimer tous les conseils quand nous observerons dévotement ceux qui nous seront convenables… Dieu en a donné plusieurs afin que chacun en puisse observer quelques-uns, et il n’y a jour que nous n’en ayons quelque occasion.

Réjouissons-nous, quand nous verrons des personnes entreprendre la suite de conseils car la charité nous oblige de n’aimer pas seulement ce qui est bon pour nous, mais d’aimer encore ce qui est bon pour le prochain.

Première Semaine de Carême - Jeudi

« Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, Il leur disait : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez … En effet, quiconque demande reçoit »
Mt 7, 7-8

D’un sermon de Saint François de Sales, 22 mars 1615. Œuvres IX, 48-49-50

 

Entre la méditation et la contemplation, il y a une pétition qui se fait, lorsqu’après avoir médité la bonté de Notre-Seigneur, son amour infini, sa toute-puissance, nous entrons en confiance de lui demander et le prier de nous donner ce que nous désirons… mais la vraie prière est celle qui se fait par grâce, lorsque nous demandons une chose qui ne nous est point due, et que nous la demandons à quelqu’un de fort suréminent par-dessus nous, comme est Dieu… Puis vient la contemplation, laquelle n’est autre chose que se complaire au bien de Celui que nous avons connu en la méditation. Cette complaisance fera notre félicité au Ciel.

Les anciens chrétiens étaient si assidus à l’oraison que, pour cela, plusieurs des anciens Pères les surnommèrent les ‘suppliants’ et d’autres les appelèrent Les médecins’ parce que, par le moyen de l’oraison, ils trouvaient remède à tous leurs maux. On les nomma encore moines, parce qu’ils étaient fort unis.

L’oraison est nécessaire à l’homme ; l’arbre qui n’a pas suffisamment de terre pour couvrir ses racines ne peut subsister; ainsi l’homme qui n’a une particulière attention aux choses divines saurait non plus subsister.

Or l’oraison, suivant la plupart des Pères, n’est autre chose qu’une élévation de l’esprit aux choses célestes; d’autres disent que c’est une demande, mais les deux opinions ne se contrarient pas car en élevant notre esprit à Dieu, nous lui pouvons demander ce qui nous semble être nécessaire.

La principale demande que nous devons faire à Dieu, c’est l’union de nos volontés à la sienne, et la cause finale de l’oraison consiste à ne vouloir que Dieu.

Première Semaine de Carême - Mercredi

« La Reine de Saba est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon et il y a ici plus que Salomon »
Lc 11,29

          Du Traité de l’Amour de Dieu. Œuvres IV, 197

Oh! combien délicieuse est la sainte lumière de la foi, par laquelle nous savons avec une certitude non pareille, non seulement l’histoire de l’origine des créatures et de leur vrai usage, mais aussi celle de la naissance éternelle du grand et souverain Verbe divin, auquel et par lequel tout a été fait, et lequel avec le Père et le Saint Esprit est un seul Dieu, très unique, très adorable, et béni des siècles des siècles.

Que si les vérités divines sont de si grande suavité, étant proposées en la lumière obscure de la foi, ô Dieu, que sera-ce quand nous les contemplerons en la clarté du midi de la gloire ?

La reine de Saba qui, à la grandeur de la renommée de Salomon, avait tout quitté pour le venir voir, étant arrivée en sa présence, et ayant écouté les merveilles de la sagesse qu’il répandait en ses propos, tout éperdue et en admiration, s’écria que ce qu’elle avait appris par ouï-dire de cette sagesse n’était pas la moitié de la connaissance que la vue et l’expérience lui en donnaient.

Ah que belles et amiables sont les vérités que la foi nous révèle ! Mais, quand arrivés en la céleste Jérusalem, nous verrons le grand Salomon, assis sur le trône de sa sapience, manifestant avec une clarté incompréhensible les merveilles et secrets éternels de sa vérité souveraine, avec tant de lumière que notre entendement verra en présence ce qu’ il avait cru ici-bas : oh alors! quels ravissements ! quelles extases ! quelles admirations ! Non, jamais, dirons-nous en cet excès de suavité, non jamais nous n’eussions pu penser de voir des vérités si délectables !

Première Semaine de Carême - Mardi

« Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens… Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,
Mt 6, 7-15

D’un sermon de St François de Sales, 5 avril 1615. Œuvres IX 60-63

Ce bon Maître nous a bien montré l’ordre qu’ il fallait tenir en nos demandes.

Nous devons demander premièrement que son Nom soit sanctifié, c’est-à-dire, qu’il soit reconnu et adoré par tous les hommes; en suite de quoi, nous demandons ce qui nous est le plus nécessaire, à savoir, que son Royaume nous advienne, que nous puissions être des habitants du ciel ; et puis que sa volonté soit faite .Et après ces trois demandes, nous ajoutons: ‘Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien’.

Jésus-Christ nous fait dire ‘Donnez-nous notre pain quotidien’ parce que, dessous ce nom de pain, tous les biens temporels sont compris. Nous devons être grandement sobres à demander ces biens-là… Ceux qui prient avec perfection, demandent fort peu de ces biens, mais demeurent devant Dieu, comme des enfants devant leur père, remettant en lui toute leur confiance.

Ce n’est pas faire oraison que de marmotter quelque chose entre ses lèvres, si l’attention du cœur n’y est jointe. La prière n’ est autre chose que parler à Dieu. Or, il est certain que parler à Dieu sans être attentif à Lui, et à ce qu’on lui dit, est une chose qui lui est fort désagréable. Dieu regarde plus au cœur de celui qui prie que non pas aux paroles qu’il dit…

‘Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien’, cela nous montre qu’il le faut demander tous les jours. Et si vous me dites que vous n’avez point prié d’aujourd’hui, je vous répondrai, que vous ressemblez à des êtres sans raison.

Première Semaine de Carême - Lundi

Jésus disait à ses disciples :
« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire,
et tous les anges avec lui, alors il … il séparera les hommes les uns des autres »
Mt 25, 31-33

Du Traité de l’Amour de de Dieu, Livre 9 chapitre 1

Théotime, nous devons avoir une extrême complaisance de voir comme Dieu exerce sa miséricorde par tant de diverses faveurs qu’il distribue aux Anges et aux hommes, au ciel et en la terre: et comme il pratique sa justice par une infinie variété de peines et châtiments. Car sa justice et sa miséricorde sont également aimables et admirables en elles-mêmes, puisque l’une et l’autre ne sont autre chose qu’une même très unique Bonté et Divinité.

Mais d’autant que les effets de sa justice nous sont âpres et pleins d’amertume, il les adoucit toujours par le mélange de ceux de sa miséricorde.

Ainsi, la mort, les afflictions, les sueurs, les travaux dont notre vie abonde, qui, par la juste ordonnance de Dieu, sont les peines du péché, sont aussi, par sa douce miséricorde, des échelons pour monter au ciel, des moyens pour profiter en la grâce, et des mérites pour obtenir la gloire.

Si que les saints, considérant d’une part les tourments des damnés, ils en louent la justice divine et s’écrient ‘Vous êtes juste, ô Dieu, vous êtes équitable, la justice à jamais règne en vos jugements’, mais voyant, d’autre part que ces peines, quoiqu’éternelles et incompréhensibles, sont toutefois moindres de beaucoup que les coulpes et crimes pour lesquels elles sont infligées, ravis de l’ infinie miséricorde de Dieu, Ô Seigneur, diront-ils, que vous êtes bon, puisqu’au plus fort de votre colère, vous ne pouvez contenir le torrent de vos miséricordes qu’elles n’écoulent leurs eaux jusques aux plus grandes dérélictions !

Premier dimanche de Carême

“Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable”  
Mt 4, 1-11

Sermon du 1er dimanche de Carême le 16 février 1614 (IX  23)

Notre Seigneur a voulu être tenté afin de nous montrer comment il faut nous comporter en toutes sortes de tentations et comment nous devons résister.

               C’est un abus de penser pouvoir parvenir à la perfection sans être attiré par des défauts. Vaines sont les pensées des personnes du monde qui croient que les âmes pieuses ne sont point tentées ; mais plus vaines et futiles sont les plaintes que les âmes chrétiennes font de leurs tentations et aridités, car elles peuvent gagner beaucoup grâce à elles.

…Le diable ne perdit pas courage, et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas. Jésus ne le voulut pas pour nous montrer que si nous sommes rejoints par le diable en un haut lieu, comme la vie chrétienne, et qu’il nous suggère quelques intentions perverses, ou chagrines, nous ne devons pas en descendre, mais y demeurer, car Dieu saura bien convertir notre mauvaise intention en une bonne.

               Certaines personnes, très désireuses de perfection, veulent se précipiter pour y parvenir. Elles entendent raconter que les saints ont accompli des œuvres admirables : les uns se sont précipités pour être martyrisés pour Dieu, les autres ont jeûné des semaines entières ; alors ils disent : “Puisque les saints ont fait cela, nous voulons le faire nous aussi.” Vous vous trompez : les saints ne sont pas parvenus à la sainteté par-là, mais ils ont agi ainsi parce qu’ils étaient saints. Ceux qui se sont précipités l’ont fait par inspiration de Dieu, car autrement ils auraient péché par orgueil.

          Il ne faut donc pas faire ce que vous dites : “Mieux vaut employer à ma sanctification quarante jours de jeûne que de traîner à me perfection­ner.” Oh non, cela ne vous rendra pas sainte ; mais au contraire, persévérez et endurez courageusement les vexations et épreuves qui surviendront dans votre vie, résistant aux tentations avec beaucoup de patience et d’humilité, sans jamais vous laisser aller au désir d’en être délivrées. Il faut que chacun marche en sa voie : la voie des saints était de faire ce qu’ils ont fait, mais la vôtre c’est de parvenir, ou tâcher de parvenir, à la perfection peu à peu, et non pas tout d’un coup, comme vous voudriez.                                              

Samedi après les Cendres

« Jésus fut conduit au désert par l’Esprit et jeûna… »
Mt 6,16

D’un sermon de Saint François de Sales pour le mercredi des Cendres, 9 février 1622. Œuvres X, 198.

C’est ce que j’avais à vous dire touchant le jeûne et ce qu’il faut observer pour bien jeûner.

La première chose est que votre jeûne soit entier et général, c’est à savoir que vous fassiez jeûner tous les membres du corps et les puissances de l’âme : portant la vue basse, ou du moins plus basse qu’à l’ordinaire ; gardant plus de silence, ou du moins le gardant plus ponctuellement que de coutume ; mortifiant l’ouïe et la langue pour n’en­tendre ni dire rien de vain et inutile ; l’entendement, pour ne considérer que des sujets saints et pieux ; la mémoire, en la remplissant du souvenir [de ce que Notre Seigneur a souffert pour vous] ; en fin tenant en bride votre volonté, et votre esprit aux pieds du Crucifix.
Si vous faites cela votre jeûne sera entier, intérieur et extérieur, car vous mortifierez le corps et l’esprit.

La seconde condition est que vous n’accomplissiez pas votre jeûne ni vos œuvres pour les yeux des hommes
Que d’hypocrites font les mines mélancoliques et n’esti­ment saints que ceux qui sont maigres. Grande folie que celle-ci ! comme si la sainteté consistait en la maigreur. Certes, saint Thomas d’Aquin n’était point maigre mais bien gros ; et toutefois il était saint. De même plu­sieurs autres, qui n’étant pas maigres ne laissaient pas d’être grandement austères et excellents serviteurs de Dieu.

Mais le monde, qui ne regarde que l’extérieur, ne tient pour saints que ceux qui sont pâles et défaits. Voyez-vous un peu que c’est de l’esprit humain : il ne considère que l’apparence et, comme vain, fait toutes ses œuvres pour paraître devant les hommes. Or, dit Notre Seigneur, ne faites pas comme ceux-là, mais que votre jeûne se fasse en secret, pour les yeux de votre Père céleste, et il vous regardera et récompensera.

C’est ici la troisième condition requise pour bien jeûner, à savoir, de regarder Dieu et de faire tout pour lui plaire… que vous fassiez toutes vos actions, et par conséquent votre jeûne, pour plaire à Dieu seul, auquel soit honneur et gloire par tous les siècles des siècles. Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Vendredi après les Cendres

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra »
Mt 6,18

D’un sermon de Saint François de Sales pour le mercredi des Cendres, 9 février 1622. Œuvres X, 188.

Ne faites point, dit Notre Seigneur, comme les hypocrites, lesquels quand ils jeûnent sont tristes et mélancoliques afin d’être loués des hommes et estimés grands jeûneurs; mais que votre jeûne se fasse en secret.

Quand Notre- Seigneur dit : Faites votre jeûne en secret, Il veut entendre; ne le faites pas pour être  vus et estimés des créatures, ne faites point vos œuvres  pour les yeux des hommes.

Et pour cela, suivez en tout la communauté. Que les forts et robustes mangent ce qui leur est donné, gardent les jeûnes et austérités qui sont marqués et qu’ ils se contentent de cela; que les faibles et infirmes reçoivent ce qui leur est présenté pour leur infirmité, sans vouloir faire ce que font tes robustes, et que les uns et les autres ne s’amusent point à regarder ce que celui-ci mange et ce que celui-ci ne mange pas. Mais que chacun demeure satisfait de ce qu’il a et de ce qui lui est donné; par ce moyen vous éviterez la vanité et particularité.

Suivez la voie commune, ne paraissez point plus vertueux que les autres, contentez-vous de faire ce qu’ils font; accomplissez vos bonnes œuvres en secret et non pour les yeux des hommes. Ne faites pas comme l’araignée  qui représente les orgueilleux, mais comme l’avette qui est le symbole de l’âme humble. L’araignée ourdit sa toile à la vue de tout le monde, et jamais en secret. Elle va filant par les vergers, d’arbre en arbre, dans les maisons, aux fenêtres, aux planchers, en somme sous les yeux de tous : elle ressemble en cela aux vains et hypocrites qui font toutes choses pour être vus et admirés des hommes; aussi leurs œuvres ne sont-elles que des toiles d’ araignées, propres à être jetées dans le feu.

Mais les avettes sont plus sages et prudentes, car elles ménagent leur miel dans la ruche où personne ne les peut voir, et outre cela, elles se bâtissent de petites cellules où elles continuent leur travail en secret ; ce qui nous représente fort bien l’âme humble, laquelle est toujours retirée en soi-même, sans chercher aucune gloire Ili louange en ses actions, mais elle tient son intention cachée, se contentant que Dieu la voit et sache ce qu’elle fait.

Jeudi après les Cendres

« Pour toi quand tu jeûnes, parfume-toi… »
Mt 6,16

D’un sermon de Saint François de Sales pour le mercredi des Cendres, 9 février 1622. Œuvres X, 185.

La seconde condition est de ne point jeûner pour la vanité mais par humilité , car si notre jeûne n’est fait avec humilité il ne sera point agréable à Dieu.

Préparez-vous à jeûner avec charité, car si votre jeûne est fait sans icelle, il sera vain et inutile, d’autant que le jeûne est comme toutes les autres bonnes œuvres, s’il n’est pas fait en charité et par charité, n’est point agréé de Dieu. Quand vous vous disciplineriez, quand vous feriez de grandes prières et oraisons, si vous n’avez la charité, cela n’est rien ; quand même vous opéreriez des miracles, si vous n’avez la charité ils ne vous profiteront pas. Car toutes les œuvres, petites ou grandes, pour bonnes qu’elles soient en elles-mêmes, ne valent et ne nous profitent point si elles ne sont faites en la charité et par la charité. J’en dis maintenant de même: si votre jeûne est sans humilité il ne vaut rien et ne peut être agréable à Dieu. Car si vous n’ avez pas l’humilité, vous  n’avez pas la charité, et si vous êtes sans charité, vous êtes aussi sans humilité, d’autant qu’il est presque impossible d’avoir la charité sans être humble et d’être humble sans avoir la charité, ces deux vertus ayant une telle sympathie et convenance par ensemble qu’elles ne peuvent jamais aller l’une sans l’autre.

Mais qu’est-ce que jeûner par humilité ? C’est ne point jeûner par vanité! Or, comment est-ce que l’on jeûne par vanité ?

C’est jeûner comme on veut et non point comme les autres veulent; jeûner en la façon qui nous plait et non point comme on nous l’ordonne ou conseille Vous en trouverez qui veulent jeûner plus qu’il ne faut et d’autres qui ne veulent pas jeûner autant qu’il faut. Qui fait cela, sinon la vanité et la propre volonté ? car tout ce qui vient de nous nous semble être le meilleur.

Mettons chacun la main à notre conscience et nous trouverons que tout ce qui vient de nous, de notre propre sens, choix et élection, nous l’estimons et aimons bien mieux que ce qui vient d’autrui. Nous y avons une certaine complaisance qui nous facilite les choses les plus ardues et difficiles, et cette complaisance est presque toujours vanité.

Mercredi des Cendres

« Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre… »
Mt 6,16

D’un sermon de Saint François de Sales pour le mercredi des Cendres, 9 février 1622. Œuvres X, 181.

Ces quatre premiers jours de la sainte quarantaine sont comme la tête et le chef, la préface ou préparation que nous devons faire pour bien passer le Carême et nous disposer à bien jeûner. C’est pourquoi j’ai pensé vous par1er en cette exhortation des conditions qui rendent le jeûne bon et méritoire, mais brièvement et le plus brièvement qu’il me sera possible.

Pour traiter du jeûne et de ce qu’il est requis de faire pour bien jeûner, il faut savoir avant toute chose que de soi, le jeûne n’est pas une vertu, car les bons et les mauvais, les chrétiens et les païens l’observent. Les anciens philosophes le gardaient et le recommandaient ; ce n’est pas qu’ils fussent vertueux pour cela, ni qu’ils pratiquassent une vertu en jeûnant, ô non, puisque le jeûne n’est vertu sinon en tant qu’il est accompagné des conditions qui le rendent agréable à Dieu ; de là vient qu’il profite aux uns et non aux autres parce qu’il n’est pas fait également de tous.

Je parle à […] des personnes […] qui savent qu’il ne suffit pas de jeûner extérieurement si l’on ne jeûne intérieurement et si l’on n’accompagne le jeûne du corps de celui de l’esprit.

Le jeûne a été institué de Notre Seigneur pour remède à notre bouche, à notre gourmandise, car parce que le péché est entré au monde par la bouche, il faut aussi que ce soit la bouche qui fasse pénitence. Mais il est aussi requis que notre jeûne soit général et entier, c’est-à-dire que nous fassions jeûner tous les membres de notre corps. Mais aussi les puissances et passions de l’âme, oui, même l’entendement la mémoire et la volonté.

On doit aussi retrancher les discours inutiles de l’entendement, les vaines représentations de notre mémoire, les désirs superflus de notre volonté. Et par ce moyen, nous accompagnerons le jeûne extérieur de l’intérieur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *