“Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. “
(Mt.28, 16-20)

Sermon 21 mai 1595 (Œuvres de St François de Sales, VII 255)

Aujourd’hui l’Eglise célèbre une grande solennité à la gloire de la Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, afin de l’honorer comme nous le devons. Nous lui rendons gloire si nous croyons, si nous espérons en la Trinité, si nous prions les trois Personnes de demeurer avec nous, si nous leur lavons les pieds, si nous les invitons sous l’arbre. Mais pour cela il nous faut faire comme Abraham, qui leva les yeux, et c’est pour ça qu’il eût cet honneur. Aussi levons les yeux vers cette lumière éternelle, afin qu’elle daigne nous illuminer de son Esprit, et qu’en sa clarté nous puissions voir ce saint mystère, et en connaître ce qu’il lui plaira de nous faire savoir.

Quelle gloire au Père d’avoir un tel Fils ! Quelle gloire au Fils d’avoir un tel Père ! Le Fils a la même substance que le Père ; le Père lui communique toutes ses perfections. Quelle gloire a un père d’avoir un fils qui lui ressemble parfaitement; mais s’il lui ressemblait tellement que ce fut un autre lui-même, ah, quelle consolation ! J’ai vu des pères qui avaient quelques vertus … combien étaient-ils consolés d’avoir des enfants vertueux… C’est cette gloire qui mérite d’être célébrée en cette fête.

Mais de plus, le Père voyant son Fils, et le Fils voyant son Père, quelle exubérance de joie ! Le Père et le Fils voient qu’ils sont réciproquement dignes d’un amour infini ; ils voient que leur volonté est ajustée à leur amour, ils s’aiment l’un l’autre autant qu’ils le méritent, ils s’aiment souverainement, infiniment et divinement. Et cet amour suprême qui les lie ainsi l’un à l’autre, procédant du regard qu’ils ont l’un envers l’autre, est une troisième Personne divine, égale à eux, consubstantielle à eux, infinie, éternelle et indépendante comme eux, et c’est le Saint Esprit, l’amour et l’unité du Père et du Fils, et le fruit de leur mutuelle complaisance et de leur souffle.

Et ce Saint Esprit signifie une respiration d’amour réciproque, pour dire que le Père et le Fils se regardant et s’aimant mutuellement, produisent cette troisième Personne par ce regard et cet amour réciproque. Chantons donc : Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit !

” Prenez ceci est mon corps.”
Marc 14,22-26

Des opuscules,  janvier – avril 1597 (Œuvres de Saint François de Sales XXIII 24-25)

Tu demandes comment le pain sera fait corps de Jésus-Christ ? Et je réponds : le Saint-Esprit opère ces choses par-dessus toute parole et intelligence.

Mais y a-t-il plus parfaite communion des saints que celle-ci, en laquelle nous sommes tous un pain et un corps, d’autant que nous sommes participants d’un même pain qui est descendu du ciel, vivant et vivifiant ?

Et comment mangerions-nous tous d’un même pain, si ce pain n’était le corps de Jésus-Christ ?

Et si nous ne mangions qu’une même viande spirituelle par la foi, quelle plus grande communion pourrait avoir le chrétien avec les autres chrétiens ?

… Et de fait, O Sauveur, quelle autre nourriture peut donner la vie  éternelle, si ce n’est votre corps ?

Il faut un pain vivant pour donner la vie… Un pain descendu du ciel pour donner une vie céleste, un pain qui soit vous-même, mon Seigneur et mon Dieu, pour donner la vie immortelle, éternelle et perdurable.

Car, Ô Seigneur admirable, si un peu de levain fait lever toute une grande masse de pâte, si une bluette de feu suffit pour embraser une maison, si un grain mis en terre fertilise la terre et en reproduit tant d’autres, combien dois-je espérer que votre béni Corps entrant dans le mien, la saison étant venue, il le relèvera de sa corruption, l’enflammera de sa gloire et le rendra immortel, serein, subtil, resplendissant et assorti de toutes les qualités glorieuses qui se peuvent espérer !